On reproche souvent aux oppositions africaines leur incapacité chronique à s’unir derrière un candidat unique à la veille des élections présidentielles. Pourtant, ce mal n’est pas l’apanage du continent. Les vieilles démocraties, qui aiment donner des leçons de cohésion et de maturité politique, connaissent elles aussi les affres de la fragmentation.
La France, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, en offre une illustration saisissante : socialistes divisés, macronistes en quête de stratégie commune et candidatures qui se multiplient. À gauche, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon apparaît, à ce stade, comme l’une des formations les plus structurées autour d’un programme et d’une candidature clairement identifiée.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!En Afrique, l’opposition est souvent accusée de faiblesse stratégique : incapacité à aligner un candidat unique, querelles de leadership, rivalités personnelles ou régionales. Mais réduire cette réalité à une prétendue « maladie africaine » relève d’une lecture simpliste. Les démocraties occidentales, pourtant plus anciennes, connaissent elles aussi les mêmes fractures, les mêmes ambitions concurrentes et les mêmes difficultés à construire des coalitions durables.
À l’approche de l’échéance de 2027, l’image d’une France habituée à se présenter comme une référence démocratique apparaît ainsi moins lisse. Les socialistes peinent à trouver un compromis durable, tandis que les héritiers du macronisme doivent composer avec la question de la succession et la multiplication des ambitions. Dans ce paysage fragmenté, la capacité à transformer les divergences en une stratégie électorale cohérente constituera l’un des principaux enjeux de la prochaine présidentielle.
Ce constat invite à relativiser certaines critiques adressées aux oppositions africaines. La division n’est ni une faiblesse culturelle ni un phénomène institutionnel propre au continent. Elle est inhérente au jeu démocratique, où les ambitions personnelles, les sensibilités politiques et les visions divergentes s’entrechoquent.
La division peut même, paradoxalement, être le signe d’une certaine vitalité démocratique. Elle traduit la pluralité des idées, des sensibilités et des ambitions. Le danger apparaît lorsque cette pluralité se transforme en incapacité à construire une alternative crédible face aux forces dominantes.
En Afrique comme en Europe, l’enjeu n’est donc pas nécessairement d’éradiquer les divisions, mais de parvenir à les transformer en richesse politique et, surtout, en projet collectif. Les divergences, qu’elles soient africaines ou européennes, révèlent une vérité universelle : la démocratie est un terrain de tensions, de rivalités, de négociations et de compromis difficiles.
Accuser l’Afrique d’un mal dont souffrent également les vieilles démocraties peut ainsi relever d’un double standard. À l’approche de 2027, la France rappelle que le démon de la division n’épargne aucune démocratie.
Ce démon, loin d’être une fatalité, peut même devenir une force lorsque les acteurs politiques parviennent à transformer leurs divergences en débat constructif et leurs ambitions concurrentes en un projet commun.
YAMAINA MANDALA
