Peu connu avant le début de la guerre en Iran, l’acide sulfurique est devenu un point de vulnérabilité pour le secteur minier africain. La production de cuivre en RDC et en Zambie est particulièrement exposée aux perturbations dans la chaine d’approvisionnement de cet intrant chimique.
Lotus Resources a annoncé jeudi 25 juin une pause temporaire de la production à la mine d’uranium Kayelekera, au Malawi. En cause, une perturbation de l’approvisionnement en acide sulfurique liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’information élargit le champ d’une crise jusqu’ici surtout suivie à travers le cuivre congolais.
Depuis plusieurs mois en effet, la guerre en Iran et les perturbations autour du détroit d’Ormuz tendent le marché de l’acide sulfurique, intrant essentiel pour plusieurs minerais critiques. En RDC, cette tension a déjà pesé sur les producteurs de cuivre qui en dépendent pour extraire le métal. Kayelekera montre que le risque ne s’arrête pas à la Copperbelt.
Cette contrainte intervient alors que la mine malawite monte en puissance, avec 73 600 livres d’uranium livrées en mai, contre 47 300 livres en avril, un niveau presque équivalent à la production totale du premier trimestre 2026, établie à 78 300 livres. Redémarrée en 2025, la mine de Kayelekera a déjà vu sa production perturbée, même si la compagnie prévoyait encore le retour à la stabilité au deuxième trimestre 2026. Plusieurs livraisons d’acide négociées et payées à l’avance ont depuis été retardées ou non exécutées.
L’unité d’acide de Kayelekera devait justement permettre de moins dépendre des fournisseurs extérieurs. Mais après un premier démarrage, des problèmes sont apparus dans le four utilisé pour produire l’acide. Lotus indique avoir effectué une réparation temporaire, en attendant des travaux plus importants prévus lors d’un arrêt de maintenance au quatrième trimestre.
La conséquence dépasse le seul calendrier opérationnel. La société ne vise plus une production stable qu’à partir de la fin 2026, sous réserve de l’approvisionnement en acide et du financement. Lotus doit pourtant livrer 1,01 million de livres d’uranium au second semestre 2026 dans le cadre de ses contrats de vente, et négocie désormais des reports vers 2027.
Le cas Kayelekera illustre ainsi ce que Benchmark décrivait début juin à l’échelle des minerais critiques. Selon le cabinet, la flambée des cours du soufre et de l’acide sulfurique transforme cet intrant, longtemps traité comme un simple réactif industriel, en véritable facteur de coût et parfois de disponibilité pour plusieurs chaines de valeur, du lithium au nickel, en passant par le manganèse, les terres rares, sans oublier le cobalt et le cuivre. L’impact pourrait aller jusqu’à une hausse des prix de certaines de ces matières premières, précise la même source.
« La réouverture du détroit d’Ormuz restant une question ouverte, et les dommages subis par les raffineries de pétrole du Moyen-Orient étant appelés à prolonger la perturbation de l’approvisionnement en soufre même si le détroit rouvre, le risque qui demeure est que davantage d’acteurs des minerais critiques réduisent leur production, voire arrêtent complètement leurs opérations », explique Will Talbot, responsable de la recherche sur les matières premières chez Benchmark.
Agence Ecofin
