Pendant que Washington s’enferme dans une stratégie de confrontation unilatérale, l’Eurasie resserre ses liens et affirme ses ambitions. Réunis à Bichkek, au Kirghizistan, pour le 26ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), les dirigeants des pays membres ont envoyé un signal fort au reste du monde.
À l’heure où l’administration de Donald Trump accentue les tensions avec ses partenaires européens et poursuit une politique de pression maximale, notamment au Moyen-Orient, l’Eurasie cherche à renforcer son intégration politique, économique et sécuritaire.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!La signature de la Déclaration de Bichkek, le 1er septembre 2026, constitue ainsi un moment important pour l’organisation. Le document, adopté par les chefs d’État des pays membres, dont le président chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre indien Narendra Modi, met notamment l’accent sur la réforme de la gouvernance économique internationale, le respect de la souveraineté des États, le développement responsable de l’intelligence artificielle, la sécurité régionale, le commerce et la transition énergétique.
En marge de cette déclaration, 27 documents de coopération auraient également été adoptés, couvrant différents domaines de l’intégration économique, réglementaire et technique.
L’image est forte et hautement symbolique. Autour de la même table, Xi Jinping, Vladimir Poutine, Narendra Modi et le président iranien Massoud Pezeshkian affichent leur volonté de préserver un cadre de coopération malgré les divergences qui traversent l’organisation. L’OCS, qui représente une part considérable de la population et de l’économie mondiales, entend ainsi renforcer son autonomie face aux puissances occidentales.
Dans leur déclaration commune, les États membres ont notamment dénoncé les mesures coercitives unilatérales et réaffirmé leur attachement au principe de souveraineté. Pour Téhéran, membre à part entière de l’OCS depuis 2023, cette organisation constitue un espace diplomatique et stratégique supplémentaire pour diversifier ses partenariats. Son rapprochement avec Moscou et Pékin lui offre également de nouvelles marges de manœuvre économiques et politiques face aux pressions américaines.
L’ambition chinoise ne se limite toutefois pas à une contestation de l’ordre occidental. Pékin cherche à utiliser les mécanismes de coopération eurasiatique pour construire des alternatives concrètes. À Bichkek, les discussions ont notamment porté sur le développement des corridors logistiques et des infrastructures régionales, parmi lesquelles la voie ferrée Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan. La réduction de la dépendance aux circuits financiers dominés par le dollar figure également parmi les grandes orientations de cette dynamique, de même que le renforcement de la coopération sécuritaire en Asie centrale.
Cette volonté d’intégration ne signifie pourtant pas la disparition des rivalités internes. L’OCS demeure traversée par des tensions importantes, notamment entre l’Inde et la Chine, ainsi qu’entre New Delhi et Islamabad. Mais ces divergences n’empêchent pas les membres de défendre certains intérêts communs, particulièrement lorsqu’ils estiment leurs intérêts stratégiques menacés par des puissances extérieures.
L’Inde de Narendra Modi illustre parfaitement cette position. Tout en poursuivant sa politique d’« autonomie stratégique » et en maintenant ses partenariats avec les États occidentaux, New Delhi entend préserver ses relations économiques et stratégiques avec la Russie et renforcer ses liens avec l’Asie centrale.
Pour de nombreux observateurs, la multiplication des sanctions et des politiques de pression contre la Russie, l’Iran et la Chine pourrait paradoxalement contribuer à accélérer leur rapprochement. Loin de produire l’isolement recherché, ces mesures poussent ces puissances à développer davantage leurs échanges, leurs mécanismes financiers et leurs infrastructures en dehors des réseaux dominés par l’Occident.
L’Europe, dans cette recomposition, se retrouve dans une position particulièrement délicate. Prise entre une relation transatlantique devenue plus incertaine et l’affirmation d’un espace eurasiatique de plus en plus structuré, elle doit désormais redéfinir ses propres intérêts stratégiques et économiques.
Le XXIᵉ siècle ne sera peut-être pas exclusivement américain. Il pourrait être celui d’un monde où plusieurs pôles de puissance se disputent l’influence, les marchés, les ressources et les normes internationales. À Bichkek, l’OCS a en tout cas confirmé une tendance lourde : l’Eurasie entend peser davantage dans la définition du nouvel ordre mondial.
Le fait marquant de ce sommet de 2026 réside donc moins dans une quelconque rupture immédiate avec l’Occident que dans la consolidation progressive d’un espace de coopération alternatif. Les 27 documents adoptés, notamment dans les domaines des infrastructures, des transports, de la logistique et de l’intégration économique, témoignent de cette volonté de transformer les ambitions politiques en projets concrets.
YAMAINA MANDALA
