En République démocratique du Congo, certains dossiers ont la fâcheuse habitude de ressembler à des tragédies annoncées. Hier, le scandale des chinchards importés de Namibie avait coûté son fauteuil à un ministre. Aujourd’hui, c’est l’affaire des bateaux de pêche qui alimente les interrogations. Avec le même parfum de flou. Avec les mêmes zones d’ombre. Et avec, au bout de la chaîne, l’argent du contribuable.
Le projet était pourtant porteur d’espoir. Renforcer la production nationale de poisson. Réduire les importations. Soutenir l’autosuffisance alimentaire. En somme, faire de la pêche un véritable levier économique.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!Mais au lieu de parler de captures et de rendement, le débat porte désormais sur la pertinence même des bateaux acquis. Des voix s’interrogent sur leur adaptation aux réalités des infrastructures portuaires et des voies navigables congolaises. Si ces préoccupations se confirment, la question devient redoutable: qui a validé un tel choix?
Face à la polémique, le ministre en fonction renvoie la responsabilité à son prédécesseur. L’argument mérite sans doute d’être examiné. Mais il ne saurait constituer, à lui seul, une ligne de défense suffisante.
Dans la gestion publique, hériter d’un dossier signifie également en assurer le suivi. Un ministre reçoit un portefeuille avec ses réussites, ses contraintes et ses engagements. Si le processus était déjà engagé, pourquoi les vérifications nécessaires n’ont-elles pas été renforcées? Pourquoi les éventuelles incompatibilités n’ont-elles pas été identifiées plus tôt? Pourquoi faut-il attendre l’éclatement de la controverse pour découvrir ce qui aurait dû être examiné en amont?
L’autre interrogation est tout aussi légitime. Si les responsabilités initiales remontent réellement à la précédente équipe, qu’est-ce qui empêche d’établir clairement les faits? L’ancien ministre n’est ni introuvable ni inaccessible. Il se trouve à Kinshasa. Ses explications pourraient contribuer à éclairer l’opinion. Le silence, lui, ne fait qu’épaissir le brouillard.
Pendant ce temps, une certitude demeure: les millions engagés dans ce projet ne sont pas des chiffres abstraits. Ils représentent des ressources précieuses pour un pays qui cherche encore à garantir sa sécurité alimentaire. Chaque dollar mal utilisé dans un secteur aussi stratégique est un dollar qui manque aux pêcheurs, aux consommateurs et à la relance de la production nationale.
Le plus inquiétant n’est peut-être pas l’existence d’une erreur. Une erreur peut être corrigée. Le plus inquiétant est l’impression que personne ne veut réellement en assumer la paternité.
Or, lorsque tout le monde regarde dans la direction de son voisin, personne ne regarde le problème en face.
Les Congolais n’ont pas besoin d’un concours d’excuses. Ils attendent des réponses. Ils veulent savoir qui a décidé, qui a validé, qui a contrôlé et qui assumera les conséquences si ces bateaux se révèlent inadaptés.
Car si la vérité tarde à émerger, le risque est grand de voir ce projet rejoindre la longue liste des ambitions publiques englouties entre impréparation, opacité et renvoi de responsabilités.
Et alors, les seuls à pêcher quelque chose dans cette affaire ne seront peut-être pas les pêcheurs. Ce seront ceux qui auront réussi à noyer les responsabilités avant même la mise à l’eau des bateaux.
YAMAINA MANDALA
